Passage des 35 heures dans la création
Un petit résumé de mon expérience des 35 heures...
Cela fait 25 ans que je suis dans le théâtre, j'ai "goûté" à tous les métiers du spectacle vivant, du chauffeur poids lourd au machiniste, du constructeur de décor au régisseur plateau ou au régisseur lumière et, enfin par la régie générale pour aboutir à la direction technique d'un centre dramatique national. Avant tout, je vais essayer de vous décrire notre travail avant les 35 heures.
Travailler dans le milieu du théâtre a toujours eu un côté marginal (nous ne travaillons pas dans la norme des autres métiers). Qui d'entre nous n'a pas eu cette fameuse citation d'un proche ou d'un ami : "Dis-moi, c'est bien ce que tu fais, mais durant la journée, tu fais quoi comme métier ?"
Il est évident que le spectateur, assistant à une représentation théâtrale, ne se rend pas compte des différentes étapes d'élaboration d'un spectacle.
Passionné comme je suis, j'entre doucement mais sûrement dans la grande spirale nommée CRÉATION, qui est l'essence même de notre métier.
Cela Commence par la construction du décor, un "coup de bourre", la cadence de travail s'accélère, les heures de construction se rallonge et grimpent; le 7eme
Jour non travaillé n'a pas encore sa place dans nos esprits.
Le retard dès livraisons de fournisseurs, les petits problèmes techniques, les fatigues qui s'accumulant, quelques énervements dans l'équipe ; tout cela contribue à une ambiance électrique qui, malgré tout, est facilement maîtrisée
par une équipe unie autour d'une même passion : le théâtre.
Enfin ,les comédiens prennent possession du plateau, première dans trois semaines. Et là, tout s'enchaîne très vite répétitions, création lumière, finition décors, filages, etc. La 1'" arrive, tout le monde est tendu, mais la magie du théâtre opère et tout se passe bien. Moi, dans mon coin, j'entends les applaudissements du public et je me dis, épuisé, "Ouf, ça y est, on l'a fait".
Evidemment, les heures supplémentaires de l'équipe sont comptabilisées et récupérées tout au long de la saison, voir même payées en fin de saison.
Notre objectif avant les 35 heures était de "foncer" jusqu'à la première, II ne se passait pas une création sans que l'équipe ne travaille la nuit après sa journée normale ; le théâtre était devenu notre nouveau domicile et la vie familiale était au ralenti. Peut-être même que certains metteurs en scène devaient profiter un peu de la passion de l'équipe, pour aller jusqu'au bout de la perfection lors de leur mise en scène.
Cela fait maintenant quatre ans que le Centre dramatique national de Nancy et de Lorraine est passé au 35 h.
Ce fut une période assez pénible. Réunion sur réunion avec un cabinet conseil, il a fallu établir un profil de poste pour chaque membre de l'équipe, ceci dans une ambiance un peu bizarre, comme si on remettait en cause le travail fourni par l'équipe avant les 35 heures. Nos repères changeaient, la méthode de travail aussi.
Un sentiment de ne plus être indispensable à l'équipe commençait à planer et, de plus, l'activité du théâtre ne baissait pas de régime. Il fallut augmenter l'embauche des intermittents du spectacle ; ce qui fut une bonne chose pour la profession.
L'équipe technique permanente a été pratiquement doublée par des intermittents ; ce qui, par ailleurs, pose un problème de formation de ceux-ci. En effet, sur la région Lorraine, le bassin intermittent est très faible, surtout en régisseurs.
Les 35 heures en création (encore que nous pouvons aller jusqu'à 48 heures) se passent relativement bien, le problème se posant néanmoins avec les intervenants artistiques (metteur en scène, décorateur, éclairagiste, etc.). En effet, du fait de la rotation des équipes techniques, ils n'ont plus le même interlocuteur en face d'eux et le comprennent pas toujours. Ils arrivent avec un contrat pour la période de création, et 35 heures ou pas, il faut assurer la première. C'est là que mon métier de directeur technique se transforme en directeur des plannings, et je passe des heures et des heures pour établir ces fameux plannings garants de la législation en vigueur et avec en plus un accroissement de la partie administrative. Un véritable casse-tête commence, une répétition décalée, un problème technique, le changement d'horaire d'un intervenant, voilà que tout se bouscule et il faut recommencer. On ne sait jamais où va aller une création, beaucoup de paramètres entrent en ligne de compte pour planifier l'équipe.
La création d'un spectacle évolue tous les jours pendant les répétitions, et des petits conflits commencent à naître : comment expliquer à un régisseur, qui possédant à peine sa conduite, doit laisser sa place à son collègue à trois jours de la première, parce qu'il a dépassé son quota d'heures et qu'il va travailler sept jours d'affilée ? Même quand je mets au repos une partie de l'équipe, il m'arrive de les voir assister aux répétitions (Ah ! Passion, quand tu nous tiens). C'est justement à ce propos que, parfois, le plaisir du
travail dans ce milieu risque d'être gâché par ces contraintes. Mon travail s'est tout de même enrichi, il y a la gestion des ressources humaines, l'anticipation des actions, la vigilance sur la sécurité, sur la formation
et reste à me dire qu'il y a une vie après le théâtre !
jean louis Hoffmann
Directeur technique du Centre dramatique national de Nancy et de Lorraine
parution de l’article dans la revue Actualité de la scénographie
éditions AS novembre 2001
En période de création ou de montage d’un décor, la journée d’un technicien se compose en trois parties appelées services généralement d’une durée de 4h chacun
( matin, aprés midi, soir )
Les « intermittents » du spectacle sont des salariés à employeurs multiples. Leur activité est le spectacle, qu'elle soit principale ou occasionnelle. Ainsi, est intermittente toute personne quel que soit le « métier » du spectacle exercé, même pour une durée très courte.
En qualité de salarié, l'« intermittent » bénéficie d'un régime ASSEDIC spécifique, sous réserve de remplir 2 conditions. Les personnes concernées doivent avoir été embauchées sous contrat de travail à durée déterminée (CDD), et doivent justifier de 507 heures de travail sur les 10 mois précédant la rupture de leur contrat de travail.
Ce contrat est un CCD dit d'usage ; il peut donc être renouvelé plusieurs fois